Samedi 25 octobre 2008 6 25 /10 /Oct /2008 22:02

Il y a environ une dizaine de jours l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur mettait en valeur un dossier consacré au pouvoir intellectuel en France. On pouvait y lire une présentation synthétique des caractéristiques de la pensée des "50 maîtres" du milieu intellectuel français. A cette occasion, j'avoue avoir pris un certain plaisir à me pencher sur les écrits de certains de ces intellectuels. J'espère susciter la même curiosité parmi les lecteurs du présent article au moyen de la brève présentation de ces grands auteurs du moment.

Pierre ROSANVALLON : Ses travaux portent principalement sur l'histoire de la démocratie, et du modèle politique français, et sur le rôle de l'Etat et la question de la justice sociale dans les sociétés contemporaines. Il a été l'un des principaux théoriciens de l'autogestion associée à la CFDT. Dans son livre , L'âge de l'autogestion, il défend un héritage philosophique savant, venu à la fois de Marx et de Tocqueville, et annonce une « réhabilitation du politique » par la voie de l'autogestion.

Alain TOURAINE : sociologue français de l'action sociale et des nouveaux mouvements sociaux.

Patrick WEIL : Historien et politologue, il s'est penché sur l'histoire de l'immigration en France. Il a notamment reçu en 1992 le prix de recherche de l'Assemblée Nationale pour son ouvrage La France et ses étrangers.

Thomas PIKETTY : Ses recherches sont concentrées sur les problèmes d'inégalité économique et de pauvreté, où il s'est distingué par des études sur l'historique de plusieurs pays. Il a également travaillé sur les baisses des charges sur les bas salaires. Il a obtenu en 2002 le « Prix du meilleur jeune économiste de France", décerné par Le Monde  et le Cercle des Economistes. Il considère que le RSA de Martin HIRSCH est une "imposture".

Luc BOLTANSKI : Il
trace les contours du nouvel esprit du capitalisme à partir d'une analyse inédite des textes de management qui ont nourri la pensée du patronat, irrigué les nouveaux modes d'organisation des entreprises : dès le début des années 70, le capitalisme renonce au principe fordiste de l'organisation hiérarchique du travail pour développer une nouvelle organisation en réseau, fondée sur l'initiative des acteurs et l'autonomie relative de leur travail, mais au prix de leur sécurité matérielle et psychologique.

Alain BADIOU : Auteur du l'essai "De quoi Sarkozy est-il le nom ?" . I
l perpétue une tradition sartrienne pour laquelle philosophie et engagement politique sont indissociables. Sarkozy et sa ‘rupture’ sont le produit, dit-il, d'un ‘pétainisme’ transcendental de la France, qui se nourrit de peurs. De même que la Restauration voulait effacer la Révolution française, Sarkozy, lui, veut ‘liquider’ Mai 68.

Jacques RANCIERE : a affirmé dans son livre "La Haine de la Démocratie" que
"l’adaptation des Etats à un ordre économique mondial implique la constitution de nouvelles castes réunissant gouvernants, hommes d’affaires, financiers, experts. Cette oligarchie tend à considérer les expressions du peuple, y compris dans les formes institutionnelles du vote populaire, comme dange-reuses. On voit se séparer deux types de légitimité : l’une, savante, des gouver-nants et des experts, l’autre, populaire, de plus en plus contestée et stigmatisée comme "populiste" quand elle va à l’en-contre de la logique dominante, comme lors du référendum sur la Constitution européenne."

Gerard MAUGER : Auteur de l'essai "L’émeute de novembre 2005. Une révolte protopolitique". Il part du fait, que d’une part « les pratiques des émeutiers se situent hors du répertoire d’action collective légitime de la France d’aujourd’hui » et que, d’autre part, l’émeute de novembre 2005 « ne saurait être rejetée dans la délinquance pure et simple ou l’insignifiance »
.

Eric HAZAN : Auteur de "Changement de propriétaire - La guerre civile continue". Antisarkozyste radical, il décrypte les méthodes de formatage de l'opinion.

Jean TIROLE : Il propose la transposition dans le Code du travail du principe pollueur-payeur, en un « licencieur-payeur » : « Le système actuel est un pousse-au-crime : les entreprises qui licencient ne paient pas directement l'indemnisation du chômeur, alors que celles qui ne licencient pas continuent à verser des cotisations à l'assurance-chômage. La solution : faire payer aux entreprises une taxe sur chaque licenciement, en échange de la réduction de leurs cotisations chômage et d'un allégement des procédures. »


Michel ONFRAY
: philosophe, écrivain, créateur de l'Université populaire de Caen.  Ses préconisations philosophiques supposent le détour par le vitalisme libertin, l’éthique immanente, l’individualisme libertaire, le philosophe artiste, le nietzschéisme de gauche, le matérialisme sensualiste, l’utilitarisme jubilatoire, l’esthétique généralisée, la subjectivité païenne, le libertinage solaire, le corps faustien, la vie philosophique, l’historiographie alternative, l’athéologie post-chrétienne ou les Universités Populaires .

Joseph STIGLITZ : Economiste américain, conseiller économique de Bill CLINTON à la Maison Blanche, Prix Nobel d'Economie en 2001. Il est un des fondateurs et un des représentants les plus connus du « nouveau keynésianisme». Il a acquis sa notoriété populaire à la suite de ses violentes critiques envers le FMI et la Banque Mondiale, émises peu après son départ de la Banque mondiale en 2000, alors qu'il y était économiste en chef. Parmi les recherches les plus connues de Stiglitz figure la théorie du screening, qui vise à obtenir de l’information privée de la part d’un agent économique : cette théorie, est à la base de l’économie de l'information et du nouveau keynésianisme. Il s'intéresse aussi à l'économie du développement.


Bernard MARIS
 : Agrégé et docteur en économie, il est professeur d'Université; il enseigne à l'Institut d'études européennes de Paris VIII et aux États-Unis. Il est souvent présenté comme altermondialiste, du fait de son ex-participation au conseil scientifique d’ATTAC, mais est surtout un grand admirateur de Keynes, à qui il a dédié un ouvrage.


Jacques GENEREUX :
Economiste hétérodoxe, il a contesté la validité scientifique du néolibéralisme notamment dans son Manifeste pour l'économie humaine(2000)et dans Les Vraies Lois de l'économie qui a obtenu le prix lycéen du livre d'économie (réédité en poche, Points-Seuil en 2008). Il s'est ensuite engagé dans un travail de refondation anthropologique de la pensée politique et économique dont le premier opus La Dissociété est paru en 2006 (nouvelle édition en poche, Points-Seuil en 2008). Le second volet de ce travail, Le Socialisme néomoderne ou l'avenir de la liberté, s'efforce de fonder un nouveau socialisme scientifique en s'appuyant sur ce que les sciences nous enseignent sur le fonctionnement de l'être humain et des sociétés humaines.


Liem HOANG NGOC
 : Maître de Conférences à l’Université Paris I. L'une des principales contributions du jeune chercheur est l'étude de la fiscalité et son impact sur la croissance économique, qui complète les travaux de Thomas Piketty et d'autres économistes. Dans l'introduction de son court essai Vive l'impôt , Grasset 2006, Liêm Hoang-Ngoc résume l'histoire de la fiscalité, avec l'arrivée en 1792 des "quatre vieilles" taxes (patente, bâti, non bâti et mobilière), qui remplacent la taille, la gabelle, la corvée et la capitation (créé en 1701 sur le tiers-état), puis la création par Joseph Caillaux  entre 1914 et 1917 de l'impôt sur le revenu , dont la tranche la plus élevée va monter jusqu'à 90% en 1924, et de l'impôt sur les successions. Aux Etats-Unis, le taux le plus élevé de l'impôt sur le revenu a été porté à 91% lors de la Seconde Guerre mondiale  et il faut attendre 1964 pour qu'il revienne à 70%, sous Kennedy. Ronald Reagan l'abaisse à 50% en 1981 puis à 28% en 1986 mais Bill Clinton le relève à 39,6% en 1992, avec un taux prohibitif pour les rémunérations dépassant un million d'euros, qui sera cependant contourné par le biais des plans de stock-options  "liés à la performance", générant des effets pervers dans le domaine boursier.

 

Pour conclure cette présentation synthétique des intellectuels contemporains, je prends néanmoins la précaution d’avertir le lecteur imprudent. Les auteurs mis en valeur ci-dessus sont sujets à des pensées subversives ! Si le lecteur que vous êtes est attaché aux valeurs défendues par les néo-conservateurs américains et français, alors ne vous égarez pas dans des ouvrages ouvertement hostiles aux bénéficiaires du bouclier fiscal…Nul besoin de chercher le slogan « travaillez plus pour gagner plus » ou encore la dénomination « Ministère de l’Identité Nationale » parmi ces auteurs. Ne vous étonnez pas non plus si j’ai omis de mentionner  Jean-Marc Sylvestre et autres clones issus de l’Université TF1…

 

Philippe FRANK

 



 

 


 

Par ps section Champigny sur Marne - Publié dans : Culture
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