Jeudi 17 avril 2008

On a trop souvent tendance à caricaturer le débat sur les organismes génétiquement modifiés comme un affrontement entre des écologistes réactionnaires d’un côté, et des scientifiques porteurs du progrès de l’autre. Il n’en est rien, et c’est un piège dans lequel les progressistes ne doivent surtout pas tomber, pour être en mesure d’apporter un décryptage utile à nos concitoyens, et mener un combat politique claire et efficace. Nous aurions tort de considérer cette question comme un débat annexe pour la gauche, tant la problématique des OGM soulève des enjeux économiques, politiques et environnementaux d’une importance cruciale pour l’avenir et le bien-être de la population mondiale en son ensemble.

  La transgénèse, par les combinaisons presque infinies qu’elle laisse présager, peut sans aucun doute faire progresser notre connaissance du vivant et permettre à l’avenir une amélioration des conditions de vie du plus grand nombre. Mais ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui, et les plantes génétiquement modifiées (PGM) que les semenciers nous présentent depuis plus de 30 ans comme les solutions miracles pour résoudre le problème de la faim et de la pauvreté dans le monde se font toujours attendre. Il existe bien un certain nombre de médicaments fabriqués grâce à des bactéries génétiquement modifiées, mais ces OGM créés en laboratoire ne font bien entendu l’objet d’aucune contestation.

Le problème ne concerne pas les OGM en tant que tel mais bien une partie d’entre eux.

  Cette confusion est loin d’être neutre, et est même volontairement entretenue par un certain nombre d’intérêts privés qui dégagent des profits pharamineux dans le secteur des biotechnologies. Parmi eux, on trouve l’incontournable entreprise sur ce marché, la firme multinationale Monsanto, dont les bénéfices s’élevaient à plus d’un milliard d’euros pour l’année 2007. Implantée dans le monde entier, cette société produit un grand nombre des pesticides et herbicides utilisés par les agriculteurs (dont le plus célèbre est le Roundup).

Elle règne également en maître dans la création de plantes et semences génétiquement modifiées, qui sont autant de produits brevetés et considérés comme la propriété intellectuelle de l’entreprise. Et là soyons clairs, Monsanto ne sert que les intérêts de Monsanto avec une stratégie commerciale qui relève du sordide. La firme produit des pesticides qu’elle vend aux agriculteurs puis elle crée des plantes génétiquement modifiées dont le seul but est de résister à ces produits. On a beau chercher, on voit mal l’aspect humanitaire de la démarche. En revanche, il est légitime de se demander si les plantes génétiquement modifiées pour résister aux pesticides ou produisant des herbicides font courir un risque à ceux qui les consomment. Mais il n’y a encore une fois aucune certitude en ce domaine.


Dans ce contexte, la stratégie de Monsanto consistant à racheter les plus grandes entreprises semencières à travers le monde pour imposer ses produits et réduire l’offre de semences non-OGM à de quoi inquiéter du point de vue économique. En effet, dans un certain nombre de pays, les agriculteurs n'ont plus le choix de produire avec ou sans OGM puisque Monsanto est le seul fournisseur de semences. Chaque paysan qui cultive les produits de la firme devient totalement dépendant, contraint de payer des royalties et de racheter ses semences lors de chaque campagne de production.

C’est donc bien notre indépendance alimentaire qui est menacée par les intérêts privés d’une poignée d’entreprises.


C’est également un modèle agricole productiviste qui tente de s’imposer dans des pays où l’agriculture demeure le principal secteur d’emploi et de ressource de la population. Nombre de petits paysans ne peuvent pas poursuivre leurs activités lorsque les rendements escomptés ne sont pas au rendez-vous. Les conséquences sociales sont désastreuses pour les petits exploitants. Le second problème majeur posé par les PGM vient du fait que ces cultures peuvent avoir des conséquences irréversibles sur l’environnement, la biodiversité et donc notre santé.

Personne n’est aujourd’hui en mesure de garantir qu’il n’y a aucun risque autour des
OGM tant les processus d’évaluation sont défaillants et la recherche dans ce domaine totalement dépendante des investissements des firmes qui les mettent sur le marché.

Or, force est de constater que les cultures réalisées en plein champ impactent les écosystèmes.

Car les OGM sont des organismes vivant qui se reproduisent, circulent par le biais du pollen transporté par le vent ou les insectes mais aussi par les semences qui sont échangées sur toute la planète. C’est ce qu’on appelle la contamination, dont personne ne peut nier l’existence aujourd’hui.

Alors que la France est aujourd’hui l’une des dernières terres de résistance à l’introduction de la culture d’OGM en plein champ, la gauche a un rôle essentiel à jouer. Par conséquent, la position de résistance des parlementaires socialistes français face à un projet de loi qui organise la culture des PGM sur notre territoire n’est pas sans importance. Il est essentiel d’envoyer un signal politique fort aux citoyens, mais aussi aux dirigeants, à travers le monde.

La culture des OGM est loin d’être une fatalité. Il est possible de résister face aux intérêts économiques privés qui jouent contre l’intérêt général tout en insistant sur l’importance d’organiser la recherche publique dans le domaine des biotechnologies. D’ailleurs l’intérêt économique de la France n’est sûrement pas de courir derrière les Etats-Unis, le Brésil, l’Argentine et le Canada qui produisent à eux seuls 86% des OGM. Nous devons protéger la richesse de nos terroirs et notre biodiversité qui passe par le « sans OGM ». C’est là que se trouve notre avantage comparatif dans un monde agricole génétiquement modifié.


Projet de loi OGM : récit d'une crise politique


 

Mercredi 9 avril, après huit jours d’examen du projet de loi sur les OGM à l’Assemblée nationale, le vote solennel sur ce texte a mis une nouvelle fois en lumière les divisions de fond qui traversent la droite dans la période. Cette loi a été adoptée par 249 contre 228, ce qui constitue la plus courte

majorité obtenue sur un texte depuis 2002, véritable revers pour la droite après une semaine sous haute tension. Avant même le début de l’examen du texte par les députés le 2 avril , les prémisses de grandes difficultés s’annonçaient pour le gouvernement. Bien préparée sur le fond, la gauche était dans un état d’esprit combatif pour aborder ce débat. A droite, c’est la cacophonie.


Le sénateur Legrand ouvrait les hostilités : en tant que Président du comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM, il avait défendu le principe de la clause de sauvegarde sur le maïs MON810. Dès le 1er avril il donnait le ton au débat qui s’ouvrait à l’Assemblée nationale en dénonçant la mainmise de certains intérêts privés sur la majorité UMP. Dans la foulée, c’est le député François Grosdidier qui, à travers une lettre à ses collègues de la majorité, demandait la liberté de vote en soulevant “les doutes scientifiques et les enjeux éthiques” qui entourent le sujet des organismes génétiquement modifiés. Les hostilités étaient alors pleinement ouvertes et la gauche prête à en découdre. On pouvait déjà sentir que les débats autour de ce projet de loi – visant à organiser la culture, et donc la dissémination, des OGM dans le pays- seraient le théâtre de sévères affrontements.


Dès la première journée de discussion, lors de l’examen de l’article 1, la gauche emportait une victoire politique en faisant adopter l’un de ces amendement avec le soutien de plusieurs députés de la majorité. L’amendement 252 sur lequel la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Nathalie Kosciusko- Morizet a laissé le parlement se prononcer, constitue en effet une profonde remise en cause du texte initialement proposé. Il précise que la culture des OGM doit se faire dans le respect « des structures agricoles, des écosystèmes locaux, et des filières de production et commerciales qualifiées « sans organismes génétiquement modifiés », et en toute transparence ».


La crise, ouverte, ne fera que s’amplifier tout au long de l’examen du texte. Les menaces, notamment, ne tardent pas à fuser à l’attention de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, accusée d’avoir désavoué les députés de la majorité, qui feront alors le strict minimum pour soutenir le gouvernement, traînant des pieds pour se rendre dans l’hémicycle. Alors que la gauche avait vigoureusement alerté l’opinion lors du Grenelle de l’environnement, non pas sur le principe, mais en dénonçant un coup de communication dont les conclusions resteraient lettre morte, les craintes du moment se vérifient désormais. Ce projet de loi, première retranscription de cet épisode symbolique de l’ouverture, signe en réalité la mort du Grenelle. Tant pis pour ceux qui avaient cru sincèrement en la démarche. La droite reste la droite, elle défend les intérêts privés des semenciers contre l’intérêt général et elle oeuvre pour la mise en place d’une agriculture productiviste.


C’est le retour en force des représentants de la bonne vieille droite, qui voient ici une bonne occasion de prendre leur revanche sur cet événement qui les a profondémment heurté tant sur la méthode que sur le fond. Dans ce contexte, les recadrages de François Fillon et Jean-François Copé sont assez révélateurs et démontrent l’évolution des rapports de force internes à la droite. Nicolas Sarkozy est aujourd’hui pris en otage par toute une partie de sa majorité et on remarquera, au passage, que les frictions autour de la secrétaire d’Etat à l’Ecologie sont loins d’être déconnectées de sa récente nomination à la tête de l’éxécutif de l’UMP. La droite tente de camoufler les heurts, mais la crise politique est bien là, et durablement là, après ce revers d’ampleur.


Revers puisque l’esprit même du Grenelle de l’environnement est mort avec ce texte. Revers puisque la droite était profondemment divisée sur la position à adopter dans un débat crucial . Reve rs quand des ministres sont mis sur le banc des accusés par leur propre majorité. Revers, enfin, tant l’adoption de justesse de cette loi laisse augurer de bien des difficultés à venir, pour le gouvernement et la droite, dans les prochains mois.

 


Amir Ben Merzoug

 

 

Par ps section Champigny sur Marne - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Blog : Cinéma / TV sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus