Le capitalisme financier transnational tel qu’il a prospéré depuis 30 ans semble aujourd’hui mettre un genou à terre. L'ampleur, bien plus forte que prévue, des pertes des grandes banques internationales dans la crise des prêts immobiliers (dite crise des « subprimes ») aux Etats-Unis aura certainement dans les mois à venir des conséquences directes sur la croissance et par conséquent sur le quotidien de la population mondiale.
Il faut dire que les mouvements de capitaux, qui étaient équivalents aux échanges de biens et de services au début des années 80 pour la plupart des pays, pèsent désormais l'équivalent de quatre fois le produit intérieur brut (PIB) mondial. Le poids démesuré de la finance par rapport au fonctionnement des économies et ses dérapages ont des conséquences potentielles bien plus lourdes qu'hier sur la croissance et l’emploi.
Alors que la finance s’est affranchie des restrictions géographiques et réglementaires, le pouvoir politique n’a pas été en mesure d’encadrer
ces évolutions majeures.
Il en résulte que les mouvements de capitaux sont devenus de plus en plus difficiles à comprendre, tout comme il est difficile de savoir qui fait quoi et, surtout, qui a pris quels risques.
Dans ce contexte qui a permis l’émergence de la « crise des subprimes », les banques, en manque de fonds propres, auront tendance à rationner le crédit ce qui, pour les entreprises
et les ménages, se traduira par une difficulté de plus en plus grande à obtenir des prêts. Autrement dit, alors que les économies américaine et européenne n’étaient déjà pas au mieux, il faudra
s’attendre à ce que la consommation et l’investissement soient peu dynamiques dans les mois – voire les années – qui viennent !
Pour limiter au maximum ces conséquences néfastes, nous sommes aujourd’hui dans une situation paradoxale où des Etats, et donc les contribuables, se voient contraints de renflouer les caisses de grandes banques privées (jalouses de leurs profits lorsqu’elles en réalisent) pour éviter une contagion aux effets catastrophiques.
Face aux conséquences de cette instabilité financière, il est indispensable de trouver de nouveaux outils de régulation à la fois en règlementant les produits financiers mais aussi en responsabilisant les dirigeants de la finance en cherchant des moyens de leur faire assumer les effets de leurs décisions lorsqu'elles sont socialement destructrices.
De plus, il faut se redonner des marges de manœuvres économiques pour prévenir les crises futures.
En Europe, il est certain que plusieurs questions se posent, puisque les deux outils principaux de régulation économique que sont la politique budgétaire et la politique monétaire semblent
obsolètes.
En effet, les dépenses publiques européennes sont encadrées par le Pacte d’Amsterdam alors même qu’elles pourraient être un bon moyen de relancer l’activité, l’emploi et la consommation.
Quant à la politique monétaire, qui consisterait à relancer la machine par une baisse des taux d’intérêt, elle est prise en otage par la sacro-sainte indépendance de la BCE qui semble
complètement déconnectée des difficultés actuelles des populations européennes.
Notons ici que les interventions de la banque centrale américaine (FED) permettent actuellement tout au moins de limiter les
dégâts, à défaut d’enrayer la crise…
Amir Ben Merzoug
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