Partager l'article ! Un entretien avec Jean-Claude Emorine, ex-2e adjoint au Maire de Champigny-sur-Marne.: Jean-Claude Emorine vient de terminer son mandat de 2e ...
Jean-Claude Emorine vient de terminer son mandat de 2e Maire-Adjoint de Champigny-sur-Marne. Cet homme actif a décidé par la même occasion de prendre sa retraite politique afin de goûter à ce que l’on appelle communément le « repos ». Il nous est paru primordial de rendre hommage à celui qui a donné 50 ans (dont 37 ans de présence dans des conseils municipaux) de sa vie à la politique dont 19 années de présence au conseil municipal de Champigny.
Philippe : Jean-Claude, à quel âge as-tu commencé à t’engager dans le militantisme politique ? Des circonstances politiques nationales ou internationales ont-elles été à l’origine de ce désir d’engagement à gauche ?
A 20 ans, j’éprouvais le désir de militer activement à gauche sans pour autant arriver à trouver un parti de gauche satisfaisant. Je voulais suivre Mendès-France mais celui-ci n’a pas voulu prendre la tête d’un parti de gauche. Je me suis alors engagé au sein du Club des Jacobins (58) fondé par Charles Hernu.
L’événement majeur qui a déterminé mon engagement à gauche a tenu dans les événements de la Guerre d’Algérie à laquelle j’étais un farouche opposant.
J’étais également motivé par un rejet à l’égard du retour du Général De Gaulle de 1958. Je n’avais pas beaucoup apprécié la teneur de son discours d’Alger.
Philippe : Te souviens tu de ton premier mandat d’élu et quel était le contexte politique de l’époque ?
J’ai entamé ma longue vie d’élu en 1971 en devenant conseiller municipal de Colombes. La gauche unie avait auparavant emporté la municipale de 1965 à la faveur d’une triangulaire. Je suis donc devenu conseiller municipal d’une majorité de gauche représentée par son maire communiste. Ma connaissance des habitants de Colombes était renforcée par le fait que je présidais une association de parents d’élèves.
Je tiens à rappeler avec un certain amusement qu’avant la réforme Defferre de 1982, le vainqueur d’une élection municipale dans les villes de plus de 30.000 habitants, remportait la totalité des sièges du conseil municipal.
Parallèlement à mon mandat de jeune conseiller municipal de Colombes, j’étais alors chef de service d’un organisme public d’horticulture.
Philippe : Comment as-tu pu concilier ta carrière professionnelle avec ton engagement politique ?
Mon engagement politique ne m’a jamais réellement mis en danger en terme professionnel (sauf en 1968 en raison d’un contexte très particulier) ; en effet, j’avais été très engagé dans le mouvement de mai 1968, ce qui m’avait mis en position délicate à l’égard de mon employeur de l’époque.
Ensuite, quand je suis devenu chef de service chez Essilor, je peux réellement affirmer que mon employeur ne m’a pas fait payer cet engagement politique qu’il connaissait.
Quand je suis devenu directeur au sein de cette même société Essilor, il est devenu plus difficile de concilier mes deux activités en terme de gestion d’agenda.
A titre d’anecdote, je retiendrais bien ma candidature de 1978 aux législatives de Colombes ; en effet, j’avais involontairement fait la couverture du magazine « Entreprise » alors que cette revue était lue par tous les cadres de mon entreprise Essilor. Je préfère vous éviter les détails relatifs à l’impact de cette notoriété aussi brutale qu’inattendue.
En 1983 je suis devenu maire adjoint de Colombes alors que j’étais toujours Directeur et Président de la société des cadres d’Essilor.
Ayant de plus en plus de difficultés à gérer cette triple activité, j’ai donc préféré laisser la fonction de président de la Holding. Ce fût un choix difficile et délicat à annoncer au président de ma société.
En 1984 je suis arrivé à Champigny-sur-Marne et je suis devenu maire-adjoint de notre ville pour la première fois en 1989.
Xavier : Tu as été conseiller municipal de Colombes. Existe-t-il des similitudes entre Champigny et Colombes et t’intéresses tu toujours à la vie locale de cette ville ?
Il existe de vraies similitudes entre ces deux villes. Les deux villes ont quasiment le même nombre d’habitants (environ 76 000 hab. ). Elles ont connu le même type de croissance urbaine après la seconde guerre mondiale. Elles symbolisent également la mixité sociale à travers la coexistence de quartiers populaires et de quartiers résidentiels. Elles se rejoignent également sur leur composition sociologique.
Toutefois, ces deux villes diffèrent en matière d’économie locale. En effet, Colombes a une très grande tradition industrielle ce qui a permis à la mairie de bénéficier de conséquentes ressources financières. C’est moins le cas pour notre ville de Champigny-sur-Marne qui ne dispose pas du même niveau de recettes liées à la taxe professionnelle.
Oui je continue à m’intéresser à la vie de Colombes et je ne peux que me féliciter du retour à gauche de la municipalité.
Philippe : D’après toi, quelles sont les raisons qui poussent une personne à briguer un mandat d’élu local au regard du sacrifice que ce dernier occasionne en terme de vie personnelle ?
Je voulais assumer un mandat d’élu local pour changer la vie des gens, pour contribuer à transformer le réel. J’ai toujours éprouvé une intense satisfaction à suivre des dossiers « concrets » . Pourtant, certains dossiers ne pouvaient trouver un aboutissement qu'après plusieurs années en raison de la sollicitation financière de l’Etat ou d’autres partenaires publics.
Il y a une certaine similitude entre le pragmatisme de la vie d’entreprise et celui requis par la gestion des affaires communales. La différence entre ces deux milieux tiendrait en une concrétisation moins rapide au niveau des dossiers communaux.
Xavier : Tu as une grande expérience de la politique locale exercée à Champigny. Quel avenir pour cette ville et quelle en sera la place et l’avenir du parti socialiste ?
Je n’ai pas de souci concernant l’avenir de la commune de Champigny-sur-Marne. Son avenir s’appuie sur des bases solides, en raison d’un développement économique croissant lié à l’amélioration du réseau de transports en commun.
A Champigny, nous ne sommes qu’à 10 kms de Paris, avec de grandes possibilités pour des installations de nouvelles entreprises. Nous avons des terrains à offrir dans un contexte favorable à notre ville (infrastructures routières et de transports en commun : perspectives d’arrivée d’ORBIVAL et du TVM).
Je vais donc pouvoir quitter prochainement cette ville tout en étant serein sur son avenir.
Philippe : Quels sont les souvenirs politiques (bons et/ou mauvais) qui t’ont marqué émotionnellement durant ta vie de militant socialiste ? Que penses-tu de ceux qui affirment que la politique n’apporte que des désillusions à la population ?
En terme d’intense souvenir politique, je me souviens de cette joie collective que j’avais observée le soir du 10 mai 1981 avec l’élection de François Mitterrand. J’étais fou de joie et si confiant dans l’élaboration socialiste d’une France meilleure.
En terme de déception, je me souviens de la terrible désillusion du 21 avril 2002 avec la défaite de Lionel Jospin caractérisée brutalement par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de ces élections présidentielles. J’étais abasourdi comme beaucoup de personnes ce soir-là.
En terme de politique locale, j’éprouve une amertume à me souvenir du 1er tour des élections municipales de 1995 à Champigny-sur-Marne. La liste dirigée par les socialistes avait perdu le 1er tour de ces élections et nous nous sommes chamaillés entre socialistes pendant quelque temps.
Xavier : Tu as passé une grande partie de ta vie à militer. Tu as du conjuguer ta vie familiale avec ta vie d'homme politique. Considères tu que tu as pu concilier les deux le mieux possible ? et maintenant quels sont tes projets ?
Il faut avoir une femme et des enfants compréhensibles. Le militantisme politique exige une acceptation de l’entourage qui se bâtit sur de la confiance et de l’écoute.
Je vais désormais continuer à militer au sein de la section socialiste du 12ème arrondissement et poursuivre des activités associatives ; tout cela en accordant du temps à mes proches que j’aime.
Philippe : Quels sont les conseils que tu souhaiterais donner à un jeune qui envisagerait de s’engager en politique ? Qu’est-ce que ces nombreuses années de politique t’amènent à penser au final ?
La logique incontournable du militantisme est d’aboutir à une prise de responsabilités progressive au sein de la vie locale ( au sein du conseil municipal ou en agissant pour les associations locales). Il ne faut pas hésiter à s’investir dans des associations de parents d’élèves, dans des associations culturelles ou sportives.
J’ai été très content de ma vie politique. Comme le chantait Edith Piaf, je ne regrette rien !
Faire de la politique locale c’est rencontrer des gens, résoudre leurs problèmes sans leur promettre n’importe quoi. L’honnêteté paie toujours de la même façon que l’on ne peut pas mentir éternellement sans être démasqué.
De toutes les personnes que j’ai rencontrées lors de mes permanences à la Mairie de Champigny, j’en conserve 9 cahiers entièrement remplis de commentaires.
Sur l’aspect humain de la politique , j’affirme sans illusion que la franche camaraderie résiste mal à l’attraction irrésistible du pouvoir, quelle que soit l’importance de ce dernier.
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